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  • Saint-Eloi : l’oignon fait la farce

    Saint-Eloi : l’oignon fait la farce

    « Une forêt de 20 000 m2 de béton était prévue par l’ancienne municipalité« , martèle le maire… “Les habitants de Biot pourront savourer les premiers fruits dès le mois de juin, proposés sous forme de paniers et servis dans les cantines”, ce qui ne fut bien évidemment pas le cas.

    Au-delà des promesses de campagne, c’est surtout la nature et l’économie de ce projet, lancé en grande pompe le 30 janvier 2026, qui retiennent l’attention. Ce projet, c’est le verger Saint-Eloi, route de Valbonne, à l’approche du village, sur la droite. Ce terrain, qui servit de décharge après les inondations de 2015, est devenu le passeport écologiste de la municipalité. Sa green card. Mais dans quelles conditions?

    Pour rester dans la métaphore de dame nature, à la forêt de béton a succédé une cascade d’argent public. De l’argent qui déborde à gogo. 3,8 millions d’euros de nos impôts votés par la mairie en 2022, confirmés en 2023, et révisés à 2,08 millions en 2025, sans que les contours soient précisés. L’essentiel de la somme va aux travaux et prestataires, pas à la production elle-même. Il y a des entreprises et des organismes au service d’un projet mené par un seul agriculteur, aussi sympathique que bon communicant, qui a commencé à produire des paniers bios. Sûrement les plus chers de France en coût de production.

    Le verger communal est, en principe, une excellente idée. Approvisionner les écoles en produits locaux serait une formidable initiative pour la commune. Mais quand un projet payé par les contribuables devient un outil de communication électorale, puis municipale, avec l’argent public, nous avons le devoir d’examiner les faits. Contre le green washing, la vérité est la meilleure arme. Commençons par l’annonce (document en PJ à la fin de l’article) publiée lors du l’appel à projet.

    1. Il ne s’agit pas d’une exploitation agricole pérenne

    Comme l’indiquent les documents de la CASA, il s’agit d’un espace test agricole, destiné à accueillir une personne en phase d’apprentissage, souhaitant expérimenter son activité. Nous ne sommes donc pas au début d’une production assurée. Pourtant, la mairie a annoncé une récolte et la fourniture des cantines scolaires pour le mois de juin. Hélas, dès le mois d’avril 2026 l’agriculteur disait aux enfants des écoles qu’il ne serait pas capable d’approvisionner les cantines de toute l’année. Avec 3 000 m2 de maraîchage (+2 000 d’arboriculture qui viendront plus tard, et 2 000 hors-sol), on est de toutes façons bien loin de pouvoir nourrir quotidiennement nos 1 000 enfants et nos seniors.

    2. Les conditions d’accueil sont pour le moins… favorables

    Selon l’appel à candidatures, la commune de Biot s’engage à mettre à disposition le terrain et ses équipements pour une durée de trois ans, acheter les arbres fruitiers, mettre à disposition un hébergement de type F3 à loyer encadré, à 10 min à pied de l’exploitation. Est-ce que le suivi de la mairie sera à la hauteur de l’accueil? On verra.

    Les conditions pour candidater : avoir un diplôme ou 6 mois d’expérience. C’est tout.

    3. Il n’y a aucun objectif précis de production de fruits et légumes

    Ni volumes. Ni calendrier. Ni engagements précis. Or, pour nourrir les enfants, il faut plus que des intentions. Comme certains disent : la différence entre un rêve et un projet, c’est un planning. Ici, on ne l’a pas.

    En résumé : des avantages, peu de contraintes, et beaucoup d’argent public. Mais où va cet argent? Pas à l’agriculteur, soyons clair, qui ne reçoit aucune aide financière. En revanche il y a des organismes, des entreprises de terrassement, de construction… Il y a forcément une activité à mettre en regard de ces millions d’argent public.

    Au-delà de ces investissements, la pertinence d’une exploitation sur un tel terrain, très escarpé, peu pratique, pose question.

    Surtout, une telle somme n’aurait-elle pu être mieux utilisée? Végétaliser les écoles pour faire descendre naturellement les températures, ouvrir un magasin municipal bio, pour proposer des denrées de qualité au plus grand nombre, ou plus simplement passer les cantines au tout bio dans nos achats… mais annoncer qu’on va produire bio à Biot, ça fait son petit effet. Seulement, dès qu’on regarde de plus près quoi, combien, et pour quel coût, le tableau change de couleur. Et les légumes de saveur.

    L’union fait la force ou l’oignon fait la farce… un glissement qui s’opère sous nos yeux.

    👇Lien vers le document d’appel à candidature ci-dessous

  • Canicule, sécheresse, feux de forêt, pluies diluviennes : Biot doit se préparer.

    Canicule, sécheresse, feux de forêt, pluies diluviennes : Biot doit se préparer.

    Par Rémy Mervelet

    Biotois engagé localement dans l’accompagnement à la transition climatique, Rémy nous détaille pourquoi le dérèglement climatique n’est plus une lointaine menace, et pourquoi la problématique de l’eau est centrale. Voici ce qu’il faut en retenir, à l’échelon de chaque foyer et à celui de la commune.

    Réduire les émissions ne suffit plus

    La transition climatique repose sur deux piliers. Le premier, l’atténuation, consiste à réduire nos émissions de carbone. Le second, trop souvent oublié, est l’adaptation, c’est-à-dire se préparer à ce qui arrive déjà et qui va s’aggraver assez rapidement. Dans les Alpes-Maritimes, cela signifie quatre risques : canicules, sécheresses, feux de forêt et pluies diluviennes.

    Ces risques, d’une certaine manière, se répondent. La canicule aggrave la sécheresse, la sécheresse facilite le feu, et un sol desséché n’absorbe plus grand chose quand la pluie s’abat. Le fil qui les relie, c’est le cycle de l’eau, désormais perturbé. À Biot, nous le savons mieux que quiconque : la commune a payé un lourd tribut aux inondations du 3 octobre 2015.

    S’adapter n’est pas un luxe de politique ou de théoricien. C’est une question de sécurité, de confort, de santé et même d’argent : chaque euro investi en prévention évite des dépenses de compensations bien plus lourdes.

    1. Canicule : garder au frais au moins une pièce

    Chez vous :

    • Gardez au moins une pièce rafraîchie, idéalement pas au-dessus de 26°C pour travailler et 25°C pour dormir.
    • Isolez, et fermez volets et stores aux heures chaudes.
    • Évitez le four et le sèche-linge, et limitez les plaques de cuisson.
    • Repérez un point d’eau à quelques minutes : piscine, mer, ou au pire une baignoire.
    • Végétalisez et laissez l’eau s’infiltrer : un sol couvert et humide rafraîchit naturellement l’air.

    Ce qu’une commune pragmatique devrait notamment faire :

    • Diffuser un message d’alerte systématique.
    • Ouvrir des refuges climatiques : des lieux frais, connus de tous et signalés, et en prévoir impérativement dans les écoles.
    • Publier la liste des végétaux adaptés aux fortes chaleurs.

    2. Sécheresse : l’eau qui tombe doit rester

    Chez vous :

    • Raccourcissez les douches et utilisez le mode éco des appareils.
    • Respectez les restrictions préfectorales.
    • Récupérez l’eau de pluie et les eaux grises.
    • Ne laissez jamais un sol à nu : le couvert végétal retient l’humidité.

    Ce qu’une commune prévoyante devrait notamment faire :

    • Réparer les fuites du réseau. Chaque litre perdu dans les canalisations, c’est un litre qu’on demande ensuite aux habitants d’économiser. La moyenne nationale est de 20% de perte d’eau sur tout le réseau en France ! (source eaufrance ici)
    • Subventionner les récupérateurs d’eau de pluie.
    • Accompagner les propriétaires face au retrait-gonflement des argiles, qui fissure les maisons à chaque sécheresse.
    • Anticiper la répartition de l’eau en cas de pénurie, avant que les conflits d’usage n’éclatent.

    3. Feux de forêt : le débroussaillement n’est pas une option

    Chez vous :

    • Respectez les obligations légales de débroussaillement (OLD) autour de votre habitation.
      • 80% des feux de forêt se déclenchent à moins de 50 mètres d’une habitation (source ministère de la transition écologique ici)
      • 90 % des départs de feu sont d’origine humaine (dont 25% sont intentionnels).
      • 90 % des maisons détruites lors des incendies se trouvent sur des terrains non débroussaillés ou mal entretenus
    • Respectez les interdictions d’accès aux massifs les jours à risque.

    Ce que la commune devrait notamment et logiquement faire :

    • Faire appliquer les OLD, ce qui est impopulaire mais indispensable.
    • Aider concrètement ceux qui sont en difficulté pour les réaliser (matériel, conseil technique).
    • Diffuser la liste des végétaux les plus résistants au feu.
    • Alerter la population selon la règle des 3 × 30 : plus de 30 °C, un vent de plus de 30 km/h et moins de 30 % d’hygrométrie. Quand les trois sont réunis, le risque est maximal.

    4. Pluies diluviennes : arrêter de bétonner

    Chez vous :

    • Installez gouttières et récupérateurs.
    • Désimperméabilisez votre terrain, ou au minimum n’ajoutez pas de surface bétonnée.

    Ce qu’une commune responsable devrait notamment faire :

    • Alerter la population les jours à risque.
    • Subventionner les récupérateurs.
    • Cesser d’imperméabiliser les sols. Cela relève de la politique d’urbanisme, donc d’une décision municipale.

    Agir sur les quatre leviers de l’eau à la fois

    Toutes ces mesures agissent sur quatre mécanismes :

    • limiter l’évaporation, sauf quand on cherche à rafraîchir ;
    • favoriser l’évapotranspiration avec des plantes adaptées, qui rafraîchissent naturellement ;
    • favoriser l’infiltration grâce à des sols plantés et perméables ;
    • capter les précipitations au maximum.

    Agir sur un seul levier améliore déjà les autres. Agir sur les quatre en même temps potentialise les résultats.

    Et la mairie ?

    L’adaptation durable se joue à plusieurs niveaux : notamment le foyer et la commune. Les Biotois peuvent faire leur part. Mais les refuges climatiques, les subventions, la réparation du réseau, l’accompagnement sur les OLD et les argiles, l’alerte et l’urbanisme relèvent de la mairie.

    La question se pose : où en est Biot sur chacun de ces points ? Existe-t-il un plan d’adaptation communal ? Un budget ? Un calendrier ?

    Le retard est déjà pris. Chaque été perdu nous coûtera plus cher que le précédent.

    Contactez-moi à l’adresse remy.mervelet@biot.blog