Canicule, sécheresse, feux de forêt, pluies diluviennes : Biot doit se préparer.

Canicule, sécheresse, feux de forêt, pluies diluviennes : Biot doit se préparer.

Par Rémy Mervelet

Biotois engagé localement dans l’accompagnement à la transition climatique, Rémy nous détaille pourquoi le dérèglement climatique n’est plus une lointaine menace, et pourquoi la problématique de l’eau est centrale. Voici ce qu’il faut en retenir, à l’échelon de chaque foyer et à celui de la commune.

Réduire les émissions ne suffit plus

La transition climatique repose sur deux piliers. Le premier, l’atténuation, consiste à réduire nos émissions de carbone. Le second, trop souvent oublié, est l’adaptation, c’est-à-dire se préparer à ce qui arrive déjà et qui va s’aggraver assez rapidement. Dans les Alpes-Maritimes, cela signifie quatre risques : canicules, sécheresses, feux de forêt et pluies diluviennes.

Ces risques, d’une certaine manière, se répondent. La canicule aggrave la sécheresse, la sécheresse facilite le feu, et un sol desséché n’absorbe plus grand chose quand la pluie s’abat. Le fil qui les relie, c’est le cycle de l’eau, désormais perturbé. À Biot, nous le savons mieux que quiconque : la commune a payé un lourd tribut aux inondations du 3 octobre 2015.

S’adapter n’est pas un luxe de politique ou de théoricien. C’est une question de sécurité, de confort, de santé et même d’argent : chaque euro investi en prévention évite des dépenses de compensations bien plus lourdes.

1. Canicule : garder au frais au moins une pièce

Chez vous :

  • Gardez au moins une pièce rafraîchie, idéalement pas au-dessus de 26°C pour travailler et 25°C pour dormir.
  • Isolez, et fermez volets et stores aux heures chaudes.
  • Évitez le four et le sèche-linge, et limitez les plaques de cuisson.
  • Repérez un point d’eau à quelques minutes : piscine, mer, ou au pire une baignoire.
  • Végétalisez et laissez l’eau s’infiltrer : un sol couvert et humide rafraîchit naturellement l’air.

Ce qu’une commune pragmatique devrait notamment faire :

  • Diffuser un message d’alerte systématique.
  • Ouvrir des refuges climatiques : des lieux frais, connus de tous et signalés, et en prévoir impérativement dans les écoles.
  • Publier la liste des végétaux adaptés aux fortes chaleurs.

2. Sécheresse : l’eau qui tombe doit rester

Chez vous :

  • Raccourcissez les douches et utilisez le mode éco des appareils.
  • Respectez les restrictions préfectorales.
  • Récupérez l’eau de pluie et les eaux grises.
  • Ne laissez jamais un sol à nu : le couvert végétal retient l’humidité.

Ce qu’une commune prévoyante devrait notamment faire :

  • Réparer les fuites du réseau. Chaque litre perdu dans les canalisations, c’est un litre qu’on demande ensuite aux habitants d’économiser. La moyenne nationale est de 20% de perte d’eau sur tout le réseau en France ! (source eaufrance ici)
  • Subventionner les récupérateurs d’eau de pluie.
  • Accompagner les propriétaires face au retrait-gonflement des argiles, qui fissure les maisons à chaque sécheresse.
  • Anticiper la répartition de l’eau en cas de pénurie, avant que les conflits d’usage n’éclatent.

3. Feux de forêt : le débroussaillement n’est pas une option

Chez vous :

  • Respectez les obligations légales de débroussaillement (OLD) autour de votre habitation.
    • 80% des feux de forêt se déclenchent à moins de 50 mètres d’une habitation (source ministère de la transition écologique ici)
    • 90 % des départs de feu sont d’origine humaine (dont 25% sont intentionnels).
    • 90 % des maisons détruites lors des incendies se trouvent sur des terrains non débroussaillés ou mal entretenus
  • Respectez les interdictions d’accès aux massifs les jours à risque.

Ce que la commune devrait notamment et logiquement faire :

  • Faire appliquer les OLD, ce qui est impopulaire mais indispensable.
  • Aider concrètement ceux qui sont en difficulté pour les réaliser (matériel, conseil technique).
  • Diffuser la liste des végétaux les plus résistants au feu.
  • Alerter la population selon la règle des 3 × 30 : plus de 30 °C, un vent de plus de 30 km/h et moins de 30 % d’hygrométrie. Quand les trois sont réunis, le risque est maximal.

4. Pluies diluviennes : arrêter de bétonner

Chez vous :

  • Installez gouttières et récupérateurs.
  • Désimperméabilisez votre terrain, ou au minimum n’ajoutez pas de surface bétonnée.

Ce qu’une commune responsable devrait notamment faire :

  • Alerter la population les jours à risque.
  • Subventionner les récupérateurs.
  • Cesser d’imperméabiliser les sols. Cela relève de la politique d’urbanisme, donc d’une décision municipale.

Agir sur les quatre leviers de l’eau à la fois

Toutes ces mesures agissent sur quatre mécanismes :

  • limiter l’évaporation, sauf quand on cherche à rafraîchir ;
  • favoriser l’évapotranspiration avec des plantes adaptées, qui rafraîchissent naturellement ;
  • favoriser l’infiltration grâce à des sols plantés et perméables ;
  • capter les précipitations au maximum.

Agir sur un seul levier améliore déjà les autres. Agir sur les quatre en même temps potentialise les résultats.

Et la mairie ?

L’adaptation durable se joue à plusieurs niveaux : notamment le foyer et la commune. Les Biotois peuvent faire leur part. Mais les refuges climatiques, les subventions, la réparation du réseau, l’accompagnement sur les OLD et les argiles, l’alerte et l’urbanisme relèvent de la mairie.

La question se pose : où en est Biot sur chacun de ces points ? Existe-t-il un plan d’adaptation communal ? Un budget ? Un calendrier ?

Le retard est déjà pris. Chaque été perdu nous coûtera plus cher que le précédent.

Contactez-moi à l’adresse remy.mervelet@biot.blog

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