Comprendre le budget municipal (à lire absolument)

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Comprendre le budget municipal (à lire absolument)

Fonctionnement, investissement, CAF, épargne : les quatre mots qui disent si votre commune est bien tenue.

Un budget municipal, ce n’est pas réservé aux initiés. C’est la traduction chiffrée d’une politique : ce que la commune choisit de payer tous les jours, et ce qu’elle choisit de construire pour demain. Une fois qu’on a compris quatre notions — fonctionnement, investissement, CAF brute et CAF nette — on peut lire n’importe quel budget communal en dix minutes, et surtout, on peut juger s’il est bien géré ou s’il navigue à vue.

Deux budgets, deux logiques

Le budget d’une commune se divise en deux sections qui obéissent à des règles différentes et ne doivent jamais être confondues. Le budget de fonctionnement, et le budget d’investissement.

La section de fonctionnement : le quotidien

C’est l’argent qui fait tourner la commune au jour le jour. Elle regroupe :

  • les recettes récurrentes : impôts locaux, dotations de l’État, taxes et revenus divers (paiement de la cantine, des cours à l’EAC…) ;
  • les dépenses récurrentes : salaires des agents municipaux, entretien des bâtiments et de la voirie, énergie, fournitures, subventions aux associations, intérêts de la dette…

Ce sont des dépenses qui reviennent chaque année, comme le loyer et les courses d’un ménage. Elles ne créent pas de patrimoine : elles font simplement fonctionner la machine. A Biot, pour donner des ordres d’idée, on parle d’environ 20 millions de recettes, dont le quart vient des entreprises de Sophia (« la manne » comme l’appelle à juste titre l’adjoint aux finances, M. Peigne). Nous sommes 10.000 habitants, ce qui fait 2.000€ par habitant, un peu moins en réalité, 1 857€. Mais c’est tout de même largement au dessus de la moyenne nationale : nous sommes parmi les communes les plus favorisées de France.

La section d’investissement : le long terme

C’est l’argent qui transforme durablement la commune. Elle regroupe :

  • les recettes d’investissement : emprunts, subventions d’équipement, cessions de patrimoine ;
  • les dépenses qui créent ou renouvellent un actif : construction d’une école, réfection d’une route, achat de matériel durable ; ainsi que le remboursement du capital de la dette.

C’est l’équivalent, pour un ménage, de l’achat d’un appartement ou de gros travaux : une dépense engagée une fois, mais qui a une valeur et une durée de vie de plusieurs années, voire décennies.

La règle d’or : l’équilibre, mais pas n’importe lequel

La loi impose que chaque section soit votée à l’équilibre, recettes égales dépenses. Mais un budget peut être équilibré sur le papier et rester mal géré. Une commune peut présenter un budget comptablement équilibré tout en voyant ses marges financières se dégrader fortement. Pour qu’une commune conserve de véritables marges de manœuvre, ses recettes de fonctionnement doivent rester suffisamment supérieures à ses dépenses pour dégager une épargne permettant de financer une partie des investissements.

Une commune qui doit recourir massivement à l’emprunt faute d’autofinancement suffisant reporte une partie de la facture sur les exercices futurs (en clair sur les suivants, c’est une sorte d’égoïsme politique).

C’est là qu’intervient l’indicateur le plus révélateur de la santé financière d’une commune, rarement expliqué aux habitants : la capacité d’autofinancement, la CAF.

La CAF : le pont entre le quotidien et l’avenir

La CAF mesure ce qu’il reste, une fois les dépenses de fonctionnement payées, pour financer les investissements sans avoir à emprunter davantage. C’est « le résultat », la différence entre les recettes et les dépenses de fonctionnement, l’équivalent d’une épargne mensuelle pour un ménage : ce qui reste sur le compte courant une fois le loyer, les courses et les factures réglés.

CAF brute

La CAF brute se calcule simplement :

CAF brute = recettes réelles de fonctionnement − dépenses réelles de fonctionnement

Elle mesure l’épargne dégagée par l’activité courante de la commune, avant tout remboursement de dette. Plus elle est élevée, plus la commune a de marges de manœuvre.

CAF nette

La CAF nette va plus loin : elle retire le remboursement du capital de la dette, qui est une dépense obligatoire de l’année.

CAF nette = CAF brute − remboursement du capital de la dette

C’est la CAF nette qui dit la vérité : c’est l’argent réellement disponible pour investir sans recourir à un nouvel emprunt. Une CAF nette faible ou négative signifie que l’épargne dégagée par le fonctionnement ne suffit pas, à elle seule, à couvrir le remboursement annuel du capital de la dette — un signal d’alerte que tout élu, majorité comme opposition, devrait surveiller en priorité. Et quand on divise cette CAF nette par les recettes de l’année, on obtient le fameux taux d’épargne nette, excellent indicateur de la santé financière d’une commune.

Biot en 2025 : ça va mal

Le compte financier unique 2025, qui retrace les dépenses et recettes réellement exécutées, a été présenté en conseil municipal et approuvé par les élus de la majorité le 29 avril 2026. Il constate un taux d’épargne nette négatif de -10,26%. C’est très faible.

La comparaison (visuel en fin d’article) avec nos voisins est impressionnante. Pour 2025, Valbonne est à 4,07% et Mougins à 22,94%. Biot à -10,26%. Mougins a des dépenses de fonctionnement par habitant similaires aux nôtres, des recettes par habitant supérieures de 21%, mais un investissement 2 fois plus important, une dette 4 fois plus faible, et un taux d’épargne nette sans commune mesure avec le nôtre. Par ailleurs notre capacité de désendettement est de 9,5 ans, alors qu’il est de 6 mois à Mougins. En clair, Mougins fonctionne avec des recettes par habitant un peu supérieures aux nôtres, mais investit 2 fois plus par habitant que Biot, tout en étant 4 fois moins endetté.

Si l’on confronte le taux d’épargne nette de –10,26 % constaté à Biot en 2025 aux dernières données nationales disponibles, celles de 2024, ce niveau placerait Biot tout en bas du classement national des communes de sa strate. En 2024, pour toutes les communes de 10 000 à 20 000 habitants une seule faisait moins bien que -10,26% : Bandraboua (à Mayotte, par ailleurs sinistrée par le cyclone Chido en décembre 2024), avec -15,94%. Et sur les 523 communes de 10 à 20 000 habitants situées en seule France métropolitaine, aucune ne fait moins bien en 2024 que ce que Biot constate pour 2025. Vous pouvez consulter notre article complet à ce sujet ici.

Biot en 2026 : on prévoit pire

PosteMontant
Recettes réelles de fonctionnement20 008 492 €
Dépenses réelles de fonctionnement18 493 672 €
= CAF brute1 514 820 €
− Remboursement du capital de la dette3 725 618 €
= CAF nette– 2 210 798 €

Pour 2026, la prévision de la mairie (les chiffres du tableau ci-dessus sont extraits du prévisionnel édité par la mairie, et voté en conseil municipal, cf lien ci-dessous) est sans appel : la CAF brute de Biot apparaît à 1.5 million, mais surtout la CAF nette serait négative : -2,21 millions. Le taux d’épargne nette passerait donc à -11,05%. Il se dégrade. C’est un mauvais message. Il montre aux banques et aux institutions nos limites. Il y a 3 ans la CAF brute était de 4 millions, elle serait en 2026 de 1.5 million. La trajectoire de Biot est mauvaise et montre que les marges d’autofinancement de la commune sont très faibles.

Il faut regarder les bons indicateurs

Au risque de nous répéter, un budget en équilibre comptable ne dit rien sur la qualité de la gestion. Une commune peut parfaitement voter un budget équilibré chaque année tout en laissant filer sa CAF nette vers zéro, ou pire, vers le négatif. Dans les faits, la marge de manœuvre disparaît, et la facture attend le prochain mandat. C’est ce qui se passe, chez nous, dès la première année de ce nouveau mandat.

C’est pour cela que la CAF, brute et nette, fait partie des indicateurs essentiels suivis pour apprécier la santé financière d’une commune. Elle répond à une question simple, et essentielle : la commune vit-elle selon ses moyens, ou vit-elle à crédit ?

Ce que ça change pour les Biotois

Comprendre ces mécanismes, ce n’est pas un exercice de technicien. C’est un outil de vigilance citoyenne. Une commune qui gère bien son fonctionnement dégage de l’épargne, investit sans s’étrangler, et garde des marges pour l’imprévu. Une commune qui gère mal son fonctionnement voit sa CAF s’effondrer, s’endette pour compenser, et transmet la facture aux mandats suivants — pendant que ses habitants, eux, n’ont accès qu’à un budget voté « à l’équilibre », en apparence irréprochable.

Car la dette devra toujours être remboursée par les ressources futures de la commune : le remboursement du capital doit être couvert par des ressources propres, sans pouvoir compter sur de nouveaux emprunts. Aussi, il est important de savoir sur quoi on investit, pour quoi, pour quel résultat. Est il plus important d’avoir une maison du verre qui va couter 5.6 millions, et des centaines de milliers d’euros de fonctionnement par an, ou ne faut il pas mieux augmenter les dotations du CCAS (subvention annuelle de la mairie de 350 000€/an, alors que Valbonne, avec 12 800 habitants -soit 20% de plus que Biot- y affecte le double), créer une maison des jeunes, investir dans les liaisons entre les quartiers, revitaliser le village et le commerce de St Philippe, et, qui plus est, économiser de l’argent ?

Quand un compte administratif est présenté en conseil municipal, une question suffit à distinguer une gestion saine d’une gestion en trompe-l’œil : quelle est l’évolution de la CAF nette sur les derniers exercices ? La réponse à cette seule question en dit souvent plus que des heures de débat.

Ci-dessous, en lien et téléchargement, le dernier compte administratif (le CFU, c’est à dire le réel constaté) de 2025, ainsi que le prévisionnel (qu’on appelle « primitif ») de 2026, avec nos remarques. N’hésitez pas à faire les vôtres ou poser vos questions en commentaire. En visuel également, la comparaison de nos performances avec nos voisins

Intégralité du compte financier unique de 2025 ici

Intégralité du compte prévisionnel de 2026 ici

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