Étiquette : Conseil municipal

  • Quand c’est flou, y’a un loup : la transparence dans le discours, mais pas dans les faits.

    Quand c’est flou, y’a un loup : la transparence dans le discours, mais pas dans les faits.

    La démocratie locale aux abonnés absents

    « Qu’est-ce que vous soupçonnez qu’il peut y avoir comme dépense cachée parce que j’ai l’impression que c’est votre question ? On a l’impression qu’il y a quelque chose qui serait caché et que l’on ne voudrait pas communiquer. C’est cela que je cherche à comprendre. » Telle est l’interrogation de M. Le Coz, adjoint au maire, lorsque la liste « Pour Biot, Il est temps » demandait la communication de documents financiers municipaux lors du conseil municipal le 29 avril 2026.

    On oserait soupçonner la mairie de cacher des choses aux Biotois ? Regardons plutôt ce que disent les faits.

    GRAND LIVRE DE LA COMMUNE : PLUS DE 167 000 DONNEES OCCULTEES

    « Pour Biot, Il est temps » a demandé le 9 avril 2026 le Grand Livre pour les années 2020 à 2025 inclus (mandat précédent de M. Dermit). Un Grand Livre comptable n’est pas un document parmi d’autres. C’est un registre informatique qui, ligne par ligne, restitue le récit exact de ce qu’une commune fait de l’argent des habitants : chaque dépense, chaque recette. Il a été donné le 7 mai sous forme d’un fichier Excel avec 167 679 cellules occultées. Cela représente environ 28 000 cellules occultées par année, avec des données remplacées par des séries de X. Certaines occultations peuvent être légalement justifiées — par exemple lorsqu’elles protègent des données personnelles — mais leur nombre ici est délirant. Des libellés occultés, des noms de fournisseurs masqués, des écritures devenues incomplètes : autant d’éléments qui compliquent fortement le contrôle du document. L’ampleur et le caractère grossier du caviardage questionnent. Est-ce que M. Le Coz va à nouveau continuer à manifester son étonnement ? En tous cas, lorsque la mairie occulte 167 679 données, elle ne les cache pas seulement à ceux qui les demandent : elle les masque pour l’ensemble des Biotois.

    Le préfet a donc été saisi. La sous-préfecture de Grasse a écrit au maire en rappelant les dispositions légales relatives à la communication des documents et en lui demandant d’en tenir compte, notamment pour le Grand Livre des comptes. Nous publions ci-dessous ce courrier dans son intégralité. La mairie de Biot, 2 mois après avoir reçu ce courrier et plus de 5 mois après la demande initiale, n’a toujours pas communiqué le Grand Livre en levant les caviardages injustifiés.

    Ce chiffre de 167 679 occultations n’est pas une anecdote, c’est un symptôme qui s’inscrit à Biot dans une série de pratiques qui compliquent le contrôle de l’action municipale.

    L’OPACITÉ BUDGÉTAIRE : QUAND LES MAUVAISES PRATIQUES S’ACCUMULENT

    De manière générale, l’opacité budgétaire peut résulter de plusieurs pratiques qui, mises bout à bout, rendent le contrôle citoyen et celui de l’opposition particulièrement difficile.

    La complexité technique comme rempart. La nomenclature comptable des collectivités est suffisamment complexe pour décourager l’examen par les citoyens. A Biot, en conseil municipal, c’est la course pour faire défiler des dizaines de documents très vite, rendant difficile le fait de s’y arrêter.

    Le monopole de l’information. Dans beaucoup de communes le maire communique les chiffres dans un magazine municipal. Chez nous c’est Biot Infos, qui n’est pas un media d’information, mais un support promotionnel. Les informations qui y sont publiées présentent naturellement l’action municipale sous un jour favorable. Le chapitre Biot Un Vrai de notre blog en fait la démonstration..

    La normalisation par l’usage. Quand une pratique opaque perdure sur plusieurs mandats, elle finit par apparaître comme la norme plutôt que comme un choix politique. D’ailleurs quand l’opposition à Biot a demandé le Grand Livre, la majorité, étonnée, a répondu en séance de commission des finances « mais… on ne nous l’a jamais demandé« .

    Les « obstacles » techniques. Certaines pratiques de présentation ou de communication rendent le contrôle plus difficile.

    • Le libellé générique ou vide. Des écritures enregistrées sous des intitulés du type « divers », « prestations diverses », « régularisation », qui ne permettent pas d’identifier l’objet réel de la dépense.
    • Le regroupement excessif de lignes. Fusionner plusieurs opérations distinctes sous une seule écriture agrégée, ce qui dilue la traçabilité individuelle de chaque dépense (par exemple pour les événements et fêtes, comme les Templiers).
    • La communication tardive ou incomplète des documents. Répondre aux demandes d’accès au-delà des délais légaux, ou en fournissant des extraits partiels, voire ne pas y répondre. Nous y sommes confrontés à Biot : quatre mois après demandes et relances, le groupe « Pour Biot, Il Est Temps » est toujours en attente de factures précises concernant les Templiers et des prestations d’impression.
    • Le calendrier minimaliste des séances. Transmettre les documents dans les délais légaux, mais suffisamment tard pour rendre leur analyse approfondie particulièrement difficile avant le vote. Ou ne pas transmettre en amont des commissions les documents qui doivent pourtant y être discutés et votés. Le 11 septembre 2026 par exemple, en commission Education, Petite Enfance, Loisirs et Jeunesse, trois sujets ont été soumis au vote sans qu’aucun contenu n’ait été communiqué en amont, ni même distribué en séance. En clair, on vous demande de voter pour un texte que vous n’avez pas examiné.
    • L’absence d’annexes explicatives suffisamment objectives. Présenter des chiffres bruts sans les rapports d’analyse, tableaux de bord ou notes explicatives qui permettraient d’en comprendre la portée. Ou alors le faire avec des notes incomplètes qui n’éclairent pas ou qui « vendent » un budget, plutôt que l’expliquer (lire ici).
    • La publication insuffisante des documents et outils de transparence. Ne pas publier, ou publier de façon incomplète, les documents et informations dont les textes prévoient la publication (marchés publics, annexes, PV divers et variés…).

    Aucune de ces pratiques, prise isolément, ne constitue nécessairement une fraude. C’est leur accumulation et leur répétition qui peuvent transformer une gestion simplement perfectible en une gestion opaque.

    L’OPACITE EST UNE CONFISCATION DU DEBAT DEMOCRATIQUE

    Le conseil municipal est censé être le lieu où des choix contradictoires s’affrontent sur la base de faits partagés. Si les faits eux-mêmes sont inaccessibles ou déformés, les habitants assistent à un simulacre de contradiction.

    Elle inverse la charge de la preuve. Dans une gestion transparente, c’est à l’exécutif de démontrer la bonne utilisation des deniers publics. Dans une gestion opaque, c’est à l’opposition ou aux citoyens de prouver qu’il y a un problème — avec des moyens d’investigation dérisoires face à ceux de l’administration. Cela demande beaucoup d’opiniâtreté et de niveau.

    Elle réduit les possibilités de contrôle. Moins une décision ou une dépense est documentée et accessible, plus il devient difficile pour les élus comme pour les citoyens d’en vérifier la régularité, la pertinence et l’efficacité.

    Elle nourrit la défiance généralisée envers les institutions. Chaque scandale de gestion locale opaque alimente un climat plus large de suspicion envers l’ensemble des élus, y compris ceux qui gèrent honnêtement. L’opacité de quelques-uns coûte cher à la crédibilité de tous.

    Elle prive les habitants d’un droit fondamental. Le droit d’accès aux documents administratifs n’est pas une faveur : le Code des relations entre le public et l’administration garantit, sous réserve des secrets légalement protégés, l’accès aux documents administratifs détenus par l’administration. Une commune qui rend ce droit inopérant dans les faits, même sans jamais le contester dans les textes, viole l’esprit de la loi tout en respectant sa lettre.

    NOUS NE NOUS RESIGNONS PAS A CE MANQUE DE RESPECT A L’EGARD DES CITOYENS

    La tentation est de dénoncer avec force l’ampleur du problème. Mais il faut faire plus. C’est pourquoi nous avons choisi concrètement de documenter au maximum (typologie, montants concernés, périodes), formaliser des demandes d’accès aux documents dans le cadre légal, solliciter la CADA, la chambre régionale des comptes, le Préfet, et surtout de rendre ce travail lisible pour les habitants.

    L’opacité n’est pas une fatalité. Elle se combat avec des outils simples : le droit, la persévérance et la pédagogie.

  • Gestion municipale : le maire de Biot est le premier… en partant de la fin

    Gestion municipale : le maire de Biot est le premier… en partant de la fin

    Jean-Pierre Dermit revendique régulièrement son bilan de gestion et présente Biot comme l’une des communes les mieux gérées de France. Les chiffres racontent pourtant une tout autre histoire.

    Sur plusieurs indicateurs financiers essentiels, Biot est largement distancée par des communes voisines. Et sur l’un des indicateurs importants de la santé financière d’une commune, le taux d’épargne nette, Biot se situerait tout simplement à la dernière place nationale de sa strate.

    Autrement dit, sur cet indicateur, le maire de Biot est bien premier… en partant de la fin.

    Démonstration.

    Nous avons déjà alerté sur le taux d’épargne nette de Biot pour 2025 : -10,26 % (voir notre article explicatif). Ce chiffre est fourni par la ville elle-même dans ses comptes 2025 validés en conseil municipal du 29 avril 2026 et votés par tous les élus de la majorité.

    Pour mesurer l’ampleur du problème, il faut comparer. Nous avons rapproché les indicateurs financiers 2025 de Biot de ceux de deux communes voisines pour la même année, Valbonne et Mougins, à partir de leurs Comptes Financiers Uniques respectifs.

    IndicateurBiotValbonneMougins
    Population10 51112 80220 142
    Dépenses de fonctionnement / hab.1 723 €2 218 €1 706 €
    Recettes de fonctionnement / hab.1 857 €2 444 €2 247 €
    Investissement / hab.683 €1 045 €1 502 €
    Dette / habitant1 266 €670 €267 €
    Personnel / dépenses de fonctionnement53,95 %62,44 %55,26 %
    Taux d’épargne brute7,18 %9,13 %24,09 %
    Taux d’épargne nette-10,26 %4,07 %22,94 %
    Dette / recettes de fonctionnement68,22 %27,43 %11,87 %
    Capacité de désendettement9,5 ans3 ans6 mois

    Source : Comptes Financiers Uniques 2025 de Biot, Valbonne et Mougins (le premier est consultable ici, l’intégralité des deux autres sur les sites respectifs des communes en question).

    Le contraste est net. Mougins, commune pourtant plus peuplée — et donc susceptible de bénéficier d’économies d’échelle — investit néanmoins plus de deux fois plus par habitant que Biot (1 502 € contre 683 €) tout en dégageant un taux d’épargne nette de +22,94 % et une dette résiduelle de 267 € par habitant (Biot : 1 266€). Sa capacité de désendettement est de 6 mois. Celle de Biot est de 9,5 ans.

    Valbonne dépense davantage par habitant en fonctionnement que Biot, et parvient tout de même à dégager une épargne nette positive (+4,07 %).

    Biot est la seule des trois communes à afficher un taux d’épargne nette négatif en 2025. Elle est par ailleurs à la fois la plus endettée par habitant et celle qui investit le moins par habitant.

    Où se situe Biot au niveau national ?

    Nous avons croisé ce chiffre avec les données nationales de la DGFiP/DGCL (« Comptes individuels des communes, fichier global 2023-2024 », data.gouv.fr), en nous limitant aux communes de 10 000 à 20 000 habitants de France métropolitaine.

    Sur les 523 communes métropolitaines de notre strate, si le taux d’épargne nette 2025 de Biot publié par la commune (–10,26 %) avait été observé en 2024 — dernière année pour laquelle les données nationales sont disponibles — Biot se serait classée 523e sur 523 sur cet indicateur. Autrement dit : dernière. Nous sommes loin du discours officiel de « Biot classée parmi les communes les mieux gérées de France » (source : site de M. Dermit). C’est tout le contraire. Selon ses propres chiffres, présentés et votés par le Conseil Municipal, M. Dermit place ainsi Biot à la première place… si on commence par la fin. Nous précisons à nouveau que nous avons comparé Biot avec ses voisines Valbonne et Mougins sur la même base 2025, mais que la comparaison avec les données nationales concerne l’année 2025 pour Biot avec les chiffres nationaux de 2024 (car ceux de 2025 ne sont pas encore disponibles). Cette moyenne nationale est très stable d’année en année.

    La trajectoire pour 2026 n’est pas meilleure : selon les prévisions budgétaires de la commune elle-même, le taux d’épargne nette continuerait de se dégrader, à -11,05 %.

    Vous pouvez consulter et télécharger les documents sources ci-dessous

    Extraits des CFU 2025 de Biot, Mougins et Valbonne reproduits ci-dessous (documents complets disponibles sur les sites respectifs des communes ; le CFU de Biot est également accessible via le lien ci-dessous).

    le CFU 2025 de Biot (voir la page 4)

    le Budget Primitif 2026 de Biot (voir la page 4)

  • La gestion de Biot est notée « mauvais+ » : ça ne s’invente pas

    La gestion de Biot est notée « mauvais+ » : ça ne s’invente pas

    Il est des retours de manivelle sévères… Pendant la campagne, M. Dermit s’est de nombreuses fois vanté d’être un bon gestionnaire (on y revient avec l’analyse du budget 2025). Pour étayer ses dires, il mettait en avant un document « émanant d’une agence de notation agréée ».

    Son euphorie l’a amené à publier cette « notation » (reproduite ci-après) sur son site internet, son compte Instagram, et notre député l’a même imprudemment reproduite sur son compte Facebook en félicitant M. Dermit de cette formidable récompense…

    Mais hélas, cette notation » n’émane pas d’une agence de notation indépendante et agréée. Elle vient d’une entreprise privée de conseil aux municipalités et aux collectivités, LocalNova, qui, certainement pour obtenir de la visibilité, utilise cette petite trouvaille : envoyer en période électorale des « 2A » ou « 3A » à des clients potentiels. Attention, elle le fait sans tromper son monde, car elle écrit elle même sur son document qu’il ne saurait engager sa responsabilité, ni être opposable aux tiers. On peut supposer que M. Dermit n’a pas lu les petits caractères : il publie lui-même un document qui précise expressément que cette notation ne saurait être opposable aux tiers ni se substituer aux notes délivrées par les agences agréées (cf visuel ci-dessous). Il réussit à cumuler plusieurs contre-vérités dans cette seule phrase publiée sur son site internet « Biot est mieux gérée que la France, car nous avons obtenu 3A provenant d’une agence de notation agréée indépendante » (nos « 3A » n’ont rien à voir avec ceux des agences officielles, LocalNova n’est pas une agence de notation agréée).

    Affirmer que la gestion de Biot est exemplaire aurait pu passer… encore eût-il fallu que personne ne prenne la peine de lire les petits caractères.

    Et comme si cela ne suffisait pas, le site « contribuables associés » qui est une association libérale militante qui chasse le gaspi et s’érige contre la dilapidation de l’argent public, fait un argus de toutes les communes de France régulièrement. Ses données proviennent de la DGCL et du ministère de l’Économie. Nous vous laissons le consulter, et regarder certains voisins (Villeneuve Loubet, Mougins… qui ont des bons classements). Biot est classée « mauvais+ ». C’est juste au dessous de « médiocre ». Et pour cause, l’association prend en compte l’endettement, la rigidité structurelle (coûts fixes), la pression fiscale, l’autofinancement, et Biot est loin d’être un modèle.

    En conseil municipal, il a été demandé au maire suivant quels jalons financiers ils gérait la commune. Sa réponse a été « je n’ai pas de jalons. Tant que j’ai mon triple A, ça va« . Phrase à mettre en regard avec la valeur réelle de ce triple A. Que dire quand un maire dit « je vais dépenser 45 millions sur cette mandature » et, dans un même souffle, « je n’ai pas de jalons financiers » ?

    Biot est une commune riche. 10 000 habitants, presque 20 millions de recettes, dont un quart provient de Sophia. Ayons conscience de notre chance, ne faisons pas n’importe quoi avec cet argent.

    L’Etat est mal en point (il y a 20 ans François Fillon disait déjà qu’il héritait d’un Etat en faillite) et les aides et subventions vont certainement se raréfier, l’IA va clairement rebattre les cartes, très rapidement, et peut être remettre en cause la « manne » de Sophia. Il est indispensable de préparer la commune, qui doit adopter une bonne gestion, solide, et prévoyante, afin de protéger les Biotoises et les Biotois des mauvaises surprises que la conjoncture nous réserverait. Pour cela il faut sortir des déclarations de façade et gérer avec sagesse, vision et expertise, pour d’abord s’occuper du quotidien des habitants, ne pas creuser la dette ni augmenter les impôts locaux.

    Nous vous invitons, si vous voulez creuser le sujet, à prendre connaissance des documents budgétaires et des analyses que nous publions à la rubrique documents.

    Ci-dessous la notation LocalNova, et la petite ligne grossie pour que vous puissiez la lire plus facilement.

  • Comprendre le budget municipal (à lire absolument)

    Comprendre le budget municipal (à lire absolument)

    Fonctionnement, investissement, CAF, épargne : les quatre mots qui disent si votre commune est bien tenue.

    Un budget municipal, ce n’est pas réservé aux initiés. C’est la traduction chiffrée d’une politique : ce que la commune choisit de payer tous les jours, et ce qu’elle choisit de construire pour demain. Une fois qu’on a compris quatre notions — fonctionnement, investissement, CAF brute et CAF nette — on peut lire n’importe quel budget communal en dix minutes, et surtout, on peut juger s’il est bien géré ou s’il navigue à vue.

    Deux budgets, deux logiques

    Le budget d’une commune se divise en deux sections qui obéissent à des règles différentes et ne doivent jamais être confondues. Le budget de fonctionnement, et le budget d’investissement.

    La section de fonctionnement : le quotidien

    C’est l’argent qui fait tourner la commune au jour le jour. Elle regroupe :

    • les recettes récurrentes : impôts locaux, dotations de l’État, taxes et revenus divers (paiement de la cantine, des cours à l’EAC…) ;
    • les dépenses récurrentes : salaires des agents municipaux, entretien des bâtiments et de la voirie, énergie, fournitures, subventions aux associations, intérêts de la dette…

    Ce sont des dépenses qui reviennent chaque année, comme le loyer et les courses d’un ménage. Elles ne créent pas de patrimoine : elles font simplement fonctionner la machine. A Biot, pour donner des ordres d’idée, on parle d’environ 20 millions de recettes, dont le quart vient des entreprises de Sophia (« la manne » comme l’appelle à juste titre l’adjoint aux finances, M. Peigne). Nous sommes 10.000 habitants, ce qui fait 2.000€ par habitant, un peu moins en réalité, 1 857€. Mais c’est tout de même largement au dessus de la moyenne nationale : nous sommes parmi les communes les plus favorisées de France.

    La section d’investissement : le long terme

    C’est l’argent qui transforme durablement la commune. Elle regroupe :

    • les recettes d’investissement : emprunts, subventions d’équipement, cessions de patrimoine ;
    • les dépenses qui créent ou renouvellent un actif : construction d’une école, réfection d’une route, achat de matériel durable ; ainsi que le remboursement du capital de la dette.

    C’est l’équivalent, pour un ménage, de l’achat d’un appartement ou de gros travaux : une dépense engagée une fois, mais qui a une valeur et une durée de vie de plusieurs années, voire décennies.

    La règle d’or : l’équilibre, mais pas n’importe lequel

    La loi impose que chaque section soit votée à l’équilibre, recettes égales dépenses. Mais un budget peut être équilibré sur le papier et rester mal géré. Une commune peut présenter un budget comptablement équilibré tout en voyant ses marges financières se dégrader fortement. Pour qu’une commune conserve de véritables marges de manœuvre, ses recettes de fonctionnement doivent rester suffisamment supérieures à ses dépenses pour dégager une épargne permettant de financer une partie des investissements.

    Une commune qui doit recourir massivement à l’emprunt faute d’autofinancement suffisant reporte une partie de la facture sur les exercices futurs (en clair sur les suivants, c’est une sorte d’égoïsme politique).

    C’est là qu’intervient l’indicateur le plus révélateur de la santé financière d’une commune, rarement expliqué aux habitants : la capacité d’autofinancement, la CAF.

    La CAF : le pont entre le quotidien et l’avenir

    La CAF mesure ce qu’il reste, une fois les dépenses de fonctionnement payées, pour financer les investissements sans avoir à emprunter davantage. C’est « le résultat », la différence entre les recettes et les dépenses de fonctionnement, l’équivalent d’une épargne mensuelle pour un ménage : ce qui reste sur le compte courant une fois le loyer, les courses et les factures réglés.

    CAF brute

    La CAF brute se calcule simplement :

    CAF brute = recettes réelles de fonctionnement − dépenses réelles de fonctionnement

    Elle mesure l’épargne dégagée par l’activité courante de la commune, avant tout remboursement de dette. Plus elle est élevée, plus la commune a de marges de manœuvre.

    CAF nette

    La CAF nette va plus loin : elle retire le remboursement du capital de la dette, qui est une dépense obligatoire de l’année.

    CAF nette = CAF brute − remboursement du capital de la dette

    C’est la CAF nette qui dit la vérité : c’est l’argent réellement disponible pour investir sans recourir à un nouvel emprunt. Une CAF nette faible ou négative signifie que l’épargne dégagée par le fonctionnement ne suffit pas, à elle seule, à couvrir le remboursement annuel du capital de la dette — un signal d’alerte que tout élu, majorité comme opposition, devrait surveiller en priorité. Et quand on divise cette CAF nette par les recettes de l’année, on obtient le fameux taux d’épargne nette, excellent indicateur de la santé financière d’une commune.

    Biot en 2025 : ça va mal

    Le compte financier unique 2025, qui retrace les dépenses et recettes réellement exécutées, a été présenté en conseil municipal et approuvé par les élus de la majorité le 29 avril 2026. Il constate un taux d’épargne nette négatif de -10,26%. C’est très faible.

    La comparaison (visuel en fin d’article) avec nos voisins est impressionnante. Pour 2025, Valbonne est à 4,07% et Mougins à 22,94%. Biot à -10,26%. Mougins a des dépenses de fonctionnement par habitant similaires aux nôtres, des recettes par habitant supérieures de 21%, mais un investissement 2 fois plus important, une dette 4 fois plus faible, et un taux d’épargne nette sans commune mesure avec le nôtre. Par ailleurs notre capacité de désendettement est de 9,5 ans, alors qu’il est de 6 mois à Mougins. En clair, Mougins fonctionne avec des recettes par habitant un peu supérieures aux nôtres, mais investit 2 fois plus par habitant que Biot, tout en étant 4 fois moins endetté.

    Si l’on confronte le taux d’épargne nette de –10,26 % constaté à Biot en 2025 aux dernières données nationales disponibles, celles de 2024, ce niveau placerait Biot tout en bas du classement national des communes de sa strate. En 2024, pour toutes les communes de 10 000 à 20 000 habitants une seule faisait moins bien que -10,26% : Bandraboua (à Mayotte, par ailleurs sinistrée par le cyclone Chido en décembre 2024), avec -15,94%. Et sur les 523 communes de 10 à 20 000 habitants situées en seule France métropolitaine, aucune ne fait moins bien en 2024 que ce que Biot constate pour 2025. Vous pouvez consulter notre article complet à ce sujet ici.

    Biot en 2026 : on prévoit pire

    PosteMontant
    Recettes réelles de fonctionnement20 008 492 €
    Dépenses réelles de fonctionnement18 493 672 €
    = CAF brute1 514 820 €
    − Remboursement du capital de la dette3 725 618 €
    = CAF nette– 2 210 798 €

    Pour 2026, la prévision de la mairie (les chiffres du tableau ci-dessus sont extraits du prévisionnel édité par la mairie, et voté en conseil municipal, cf lien ci-dessous) est sans appel : la CAF brute de Biot apparaît à 1.5 million, mais surtout la CAF nette serait négative : -2,21 millions. Le taux d’épargne nette passerait donc à -11,05%. Il se dégrade. C’est un mauvais message. Il montre aux banques et aux institutions nos limites. Il y a 3 ans la CAF brute était de 4 millions, elle serait en 2026 de 1.5 million. La trajectoire de Biot est mauvaise et montre que les marges d’autofinancement de la commune sont très faibles.

    Il faut regarder les bons indicateurs

    Au risque de nous répéter, un budget en équilibre comptable ne dit rien sur la qualité de la gestion. Une commune peut parfaitement voter un budget équilibré chaque année tout en laissant filer sa CAF nette vers zéro, ou pire, vers le négatif. Dans les faits, la marge de manœuvre disparaît, et la facture attend le prochain mandat. C’est ce qui se passe, chez nous, dès la première année de ce nouveau mandat.

    C’est pour cela que la CAF, brute et nette, fait partie des indicateurs essentiels suivis pour apprécier la santé financière d’une commune. Elle répond à une question simple, et essentielle : la commune vit-elle selon ses moyens, ou vit-elle à crédit ?

    Ce que ça change pour les Biotois

    Comprendre ces mécanismes, ce n’est pas un exercice de technicien. C’est un outil de vigilance citoyenne. Une commune qui gère bien son fonctionnement dégage de l’épargne, investit sans s’étrangler, et garde des marges pour l’imprévu. Une commune qui gère mal son fonctionnement voit sa CAF s’effondrer, s’endette pour compenser, et transmet la facture aux mandats suivants — pendant que ses habitants, eux, n’ont accès qu’à un budget voté « à l’équilibre », en apparence irréprochable.

    Car la dette devra toujours être remboursée par les ressources futures de la commune : le remboursement du capital doit être couvert par des ressources propres, sans pouvoir compter sur de nouveaux emprunts. Aussi, il est important de savoir sur quoi on investit, pour quoi, pour quel résultat. Est il plus important d’avoir une maison du verre qui va couter 5.6 millions, et des centaines de milliers d’euros de fonctionnement par an, ou ne faut il pas mieux augmenter les dotations du CCAS (subvention annuelle de la mairie de 350 000€/an, alors que Valbonne, avec 12 800 habitants -soit 20% de plus que Biot- y affecte le double), créer une maison des jeunes, investir dans les liaisons entre les quartiers, revitaliser le village et le commerce de St Philippe, et, qui plus est, économiser de l’argent ?

    Quand un compte administratif est présenté en conseil municipal, une question suffit à distinguer une gestion saine d’une gestion en trompe-l’œil : quelle est l’évolution de la CAF nette sur les derniers exercices ? La réponse à cette seule question en dit souvent plus que des heures de débat.

    Ci-dessous, en lien et téléchargement, le dernier compte administratif (le CFU, c’est à dire le réel constaté) de 2025, ainsi que le prévisionnel (qu’on appelle « primitif ») de 2026, avec nos remarques. N’hésitez pas à faire les vôtres ou poser vos questions en commentaire. En visuel également, la comparaison de nos performances avec nos voisins

    Intégralité du compte financier unique de 2025 ici

    Intégralité du compte prévisionnel de 2026 ici

  • Rémunération des élus

    Rémunération des élus

    La question qui nous a été posée le plus fréquemment, en ce début de mandat, concerne les indemnités des élus. C’est compréhensible. Ces chiffres ont été présentés en conseil municipal, ils sont de fait publics, aussi nous vous les détaillons ici.

    Voici les informations

    D’abord sur l’historique (le mandat précédent)

    2020/2026 : pour le maire, c’est 90.533€ par an, hors frais et dépenses spécifiques (voyages, repas avec invités…). Décomposés ainsi : 23.923,20€ au titre de maire, 26.216,88€ au titre de vice-président de la CASA, 5.124,96€ comme vice-président d’Univalom, et 35.268,24€ au titre de conseiller départemental. On parle uniquement de financement public : ces 90.533€ ne tiennent pas compte de sa retraite, qui se rajoute légitimement à cette somme.

    Pour chaque conseiller de la majorité, par année, 4.192,68€.

    Ceux qui étaient adjoints 6.757,68€.

    Pour ceux qui siégeaient à la CASA (payés par la CASA) 2.959,56€ supplémentaires (y compris l’élue de l’opposition).

    Pour le mandat en cours (2026/2032), la majorité a décidé d’augmenter les indemnités de ses élus de 25% ou plus. Ainsi, les conseillers municipaux de la majorité passent de 4.192 à 5.240€ (+25%), les adjoints passent de 6.757 à 8.628€ par an (+27,7%) et le maire (au titre exclusif de sa rémunération de maire de Biot) de 23.923 à 30.273€ (+26,5%).

    Chacun se fera un avis sur la décence, ou non, de cette décision au regard du contexte économique général et de la situation financière de Biot.

    *Pour info, seuls les élus de la majorité (mandat précédent et celui en cours) perçoivent une indemnité de la part de la commune. Certaines municipalités décident d’indemniser tous les élus en compensation du temps passé, ce n’est pas le cas à Biot.

    Vous trouverez ci dessous le détail des indemnités des élus pour le mandat en cours